Valentin Luiggi, Chef de cuisine alternatif & fondateur des Savoureux Compagnons

« Le point commun à tout ce qui ne va pas, c’est en premier lieu nous-même et notre façon de percevoir le monde. »

1/ En quelques mots, qui es-tu ?

Je suis une personne engagée à travers un métier manuel, avec des convictions profondes en faveur du vivant.
J’ai évolué à l’intérieur de ma profession formatrice qu’est la cuisine et les autres métiers liés à l’alimentation pour produire des formats open source de coopération, d’éthique et de bon sens. Le tout pour répondre aux enjeux auxquels la planète et ses habitants font face..

2/ Et si tu nous parlais un peu de ton parcours…

Cuisinier et chef de rang de formation (Bep, bac pro) je suis passé par plusieurs restaurants avant d’avoir une forte prise de conscience sur les enjeux d’aujourd’hui et demain. Par la suite chronologiquement, j’ai appris à faire de la nourriture pour des personnes intolérantes, allergiques ou juste avec des régimes éthiques ou sportifs. J’ai ensuite été boulanger avec des méthodes manuelles et ancestrales, chef de cuisine d’un café associatif et second d’un restaurant éthique très créatif à Lyon.
J’étais également très engagé associativement et j’ai créé un réseau solidaire grâce à cela.
Je me suis ensuite lancé à mon compte en tant qu’animateur d’ateliers de cuisine en faisant d’autres prestations (traiteur, repas, cuisine pour des stages).
Et j’ai créé enfin le collectif des Savoureux Compagnons qui est une forme de réseau lié à l’alimentation, sans statut associatif, où de nombreux indépendants et passionnés se réunissent et font des choses ensemble qui souvent nous rémunèrent.
Mon intention est de promouvoir une nouvelle façon de travailler ensemble à l’intérieur même du système actuel qui est plus basé sur la concurrence.

3/ A quel moment as-tu décidé de remettre plus de sens dans ta vie pro / perso ?

Le meilleur déclic pour moi à été d’être parent !
Cela m’a fait prendre conscience d’une forme de vie qui vous dépasse dans le temps.

Professionnellement, j’étais embourbé dans un quotidien parfois imprégné de drogue douce et nombreux burn-out qui m’ont poussé à me remettre en question, tout en trouvant une forme de spiritualité qui m’est propre.

4/ Et maintenant ?

Aujourd’hui la vie a pris son lot de magie et je sens qu’il y a « autre chose » qui accompagne mes actes et mes pensées.
Ce qui fait sens pour moi, c’est surtout d’avoir trouvé une activité manuelle et donc dans la matière qui touche à tout les humains quels que soient leurs idéaux, convictions, choix politique ou religieux.
Le fait d’avoir persisté et transmuté au fond de moi une activité banale en quelque chose de fondamentalement important, en réalisant que je pouvais passer par là pour réellement avoir un impact notable sur le monde à été ma plus grande révélation. Je connais mon chemin de vie, une grosse trame en tout cas et vu que toutes les portes s’ouvrent depuis lors, et bien je sais que je dois continuer.
Je nourris et je me nourris de tout ce que je fais. Que cela soit très concret ou métaphorique 🙂

5/ Que dirais-tu à des personnes en questionnement par rapport à leur travail  ?

Déjà, je dirai à chacun de prendre le temps de se sonder, et de régler ses « boulets » et chaînes du passé. Qu’ils soient d’ordre matériel, familial et psychologique (c’est souvent lié d’ailleurs).
Le point commun à tout ce qui ne va pas, c’est en premier lieu nous-même et notre façon de percevoir le monde.
Ensuite je dirai d’essayer de faire une activité « ikigai » où l’on réunit en un même point : ce pour quoi l’on est bon, ce qu’on aime faire, ce dont le monde a besoin et là où on vous rémunérerai. La cuisine en est un simple chemin, mais il y en a d’autres.
Enfin, je garderai en tête et dans le cœur que parfois, lorsqu’on est dans la justesse, la vie nous amène ce dont on a besoin, que cela soit des personnes ou des épreuves, mais également des signes. Le tout est de rester ouvert, et de faire preuve d’écoute. Tout cela devrait amener de la confiance et de la légitimité.

2019-10-18T19:02:46+00:00